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Suspicious Minds
Music & Lyrics: Francis Zambon

Lorsqu'en 1969, Elvis Presley chante Suspicious Minds, son flair ne le trompe pas et il pulvérise les hit-parades américains. Ses musiciens sont ceux qui, une année plus tôt, accompagnaient l'auteur-compositeur Mark James. Après le succès du King, James – de son vrai nom Francis Rodney Zambon – entendra plus d'une illustre reprise parmi lesquelles celles de Waylon Jennings (‘70), Thelma Houston (‘80), des Fine Young Cannibals (‘86) ou encore de Dwight Yoakam (‘92, dans le film Honeymoon In Vegas), et aujourd'hui, celle d'Helmut Lotti.

Helmut: "La version d'Elvis de Suspicious Minds est si parfaite qu'on peut difficilement s'en écarter. Aussi ai-je voulu rendre la mélancolie qui constitue l'essence même de cette chanson. Mon début lent respecte l'atmosphère du texte et en accentue le dramatique. Ce tempo se justifie également dans une autre optique. Il s'agit d'un choix musical: mon hommage à Elvis ne se veut pas un album 100% rock. Elvis est bien plus qu'un chanteur de rock'n'roll."

One Night with You
Music & Lyrics: Pearl King / Dave Bartholomew / Anita Steiman

Le succès ne quitta pas Elvis lors de son service militaire en Allemagne. Au contraire, même loin du pays, le jeune dieu continua à faire des ravages avec des tubes tels que One Night (With You), à l'origine une chanson au message ouvertement équivoque. La version New Orleans de Smiley Lewis, en 1956, s'intitulait One Night Of Sin (Is What I’m Praying For). Quand elle fut reprise par Elvis trois ans plus tard, son entourage jugea plus sage de faire abstraction dudit 'péché'. La version revue et corrigée One Night With You pouvait être diffusée sur les ondes sans choquer personne et ne tarda pas à devenir numéro un. Fats Domino (1961) et Mud (1975) suivirent l'exemple du King, tandis que Joe Cocker (1989) renoua avec la version plus 'inavouable'.

Helmut: "En faisant appel aux cuivres, je suggère musicalement l'équivoque contenu dans la toute première version. Ils ajoutent une dimension supplémentaire, c'est comme si on faisait un saut de Memphis à la Nouvelle-Orléans, de Graceland au Vieux Carré Rouge."

You've Lost That Loving Feeling
Music & Lyrics: Barry Mann / Cynthia Weil / Harvey Spector

The Righteous Brothers – les Californiens Bill Medley et Bobby Hatfield, qui n'étaient pas frères mais deux amis – devaient leur premier succès dans la lente percée du blue-eyed soul au génie du producteur Harvey "Phil" Spector, qui les enregistra en 1965 sur son Wall of sound caractéristique. Le résultat était surprenant: lorsque le co-auteur Barry Mann l'entendit pour la première fois, il crut que le disque ne tournait pas à la bonne vitesse. Mais le titre allait bientôt être immortalisé par les plus grands tels que – pour ne citer qu'eux - Cilla Black (1965), Dionne Warwick (1969), Isaac Hayes (1970), Human League (1979), Neil Diamond & Dolly Parton (1993), sans oublier, bien entendu, Elvis Presley en 1971.

Helmut: "A cette époque, Elvis était toujours, peut-être même à nouveau, une bête de rock'n'roll. Mais il avait choisi en même temps de faire des spectacles avec grand orchestre. Il s'est produit à l'International Hotel de Las Vegas (l'actuel Las Vegas Hilton), ou encore à Madison Square Garden à New York. Cette dualité transparaît bien dans sa version un peu cahoteuse de You’ve Lost That Loving Feeling. Elle est plus hachée que la mienne, où je mets davatange l'orchestre en avant."

Kiss Me Quick
Music & Lyrics: Doc Pomus / Mort Shuman

Deux ans après leur premier grand tube, Teenager In Love, on trouvait en 1960 A Mess Of Blues sur la face B du It’s Now Or Never d'Elvis. Il s'agissait de la première collaboration du légendaire duo de compositeurs Doc Pomus et Mort Shuman avec le King. Très vite, Pomus/Shuman devinrent les fournisseurs de la cour et on leur doit, au début des années soixante, les grands classiques que sont Surrender, Little Sister, His Latest Flame, Suspicion, Viva Las Vegas et Kiss Me Quick.

Helmut: "Cette combinaison basse-soprano qu'on entend, on ne peut pas y toucher, c'est du Elvis. Il ne faut surtout pas changer ça. Mais je n'ai pas pu résister à la tentation d'y glisser un arrangement pour cordes, histoire de poser une petite touche Helmut Lotti sur Kiss Me Quick."

Crying In The Chapel
Music & Lyrics: Glen Artie

Artie Glenn dédia Crying In The Chapel à son fils Darrell. Mais ce fut Elvis qui en fit une perle du gospel. C'était lors d'une session d'enregistrement nocturne, d'où le superbe tempo indolent des Jordanaires. Bien que le titre date de 1960, ce n'est qu'en 1965 qu'il devient le tube numéro un en Angleterre, Artie Glenn refusant jusque là de partager les droits d'auteur. Little Richard lui aussi fut frappé par la même Lumière en 1963, tout comme plus tard Don McLean (1974) ou Aaron Neville (1995).

Helmut: "Il fallait absolument inclure un gospel dans My Tribute To The King. En fin de compte, c'est bien How Great Thou Art de 1967 qui lui valut son unique Grammy Award. Et à juste titre car Elvis était un chanteur de gospel absolument grandiose. Il avait saisi l'âme du gospel et en même temps, il était resté lui-même. Et comme je tenais à ce que My Tribute To The King retrace les diverses périodes de la carrière d'Elvis, c'était incontournable. Crying In The Chapel, chanté par Elvis est tellement authentique que suis resté très proche de l'original. J'ai simplement ajouté une petite intro et choisi un véritable orgue d'église."

Are You Lonesome Tonight
Music & Lyrics: Roy Turk / Lou Handman

Ce fut carrément Colonel Parker en personne qui en 1960, proposa à Elvis de faire une reprise de la ballade déjà vieille de 33 ans. Cette romance d'Al "The Jazz Singer" Jolson était la chanson préférée de l'épouse de Parkers dans sa version de Gene Austin. Avant la guerre, Parkers avait été le manager du chanteur country. Mais Elvis en fit un succès mondial, en raison du fameux parlando intermezzo, un enregistrement particulièrement difficile: The world’s a stage... Cette parenthèse philosophique empruntée à Shakespeare a déclenché une vague de parodies et de chansons-réponse (Yes, I’m Lonely Tonight de Thelma Carpenter, pour ne citer qu'un exemple). Are You Lonesome Tonight n'a-t-il pas même été écorché par Elvis lui-même? Il est vrai que ce n'est qu'à titre posthume qu'on l'a baptisé la "laughing version". Cette crise d'hilarité lors du concert à Las Vegas avait été provoquée par un changement de texte du King.

Helmut: "Pour Are You Lonesome Tonight, je voulais le son de Santa Lucia, comme dans le Classic I; avec un soupçon de valse, un peu jazzy et moins grand. Les Jordanaires ont donc été remplacés par des accords de marimba. Mais ce qui est grandiose, c'est la contribution de Roby Lakatos, violoniste tzigane de souche hongroise. La beauté troublante des larmes de son violon vous cloue sur place. Devant un talent si sublime, un tel pouvoir d'émotion musicale, je m'incline. C'est un moment de bonheur intense."

Good Luck Charm
Music & Lyrics: Aaron Schroeder / Wally Gold

Avec cette composition de 1962, le talent de Schroeder et Gold fut unanimement reconnu. Ce qui n'était pas le cas avec It’s Now Or Never, où le duo avait sans rougir apposé sa signature, omettant celle d'Eduardo di Capua, le compositeur de O Sole Mio. Mais Helmut Lotti nous a déjà fait ce récit dans Classic I.

Helmut: "Il est un rien plus haut et un rien plus rapide. Mais en dehors de cela, j'ai délibérément choisi de ne pas accentuer le swing de Good Luck Charm avec des cuivres. Car c'est un swing d'un autre genre, plus relax, qui doit rester sobre."

Thank You
Music & Lyrics: Helmut Lotti

Thank You porte, plus que tout autre titre de My Tribute To The King, le cachet d'Elvis Presley. Le connaisseur reconnaîtra immanquablement la griffe des classiques du King. Mais l'auteur-compositeur n'est autre que Helmut Lotti lui-même.

Helmut: "Quand j'ai fait écouter Thank You à un fan de Presley, ce dernier s'est dit qu'Elvis l'avait sans doute composée à l'époque de son mariage avec Priscilla Beaulieu. Il est vrai que les chœurs sont très réussis, ça aurait pu être les Jordanaires. Et puis, j'ai été baigné toute ma vie durant dans la musique d'Elvis. Cette méprise est donc parfaitement excusable mais combien flatteuse."

Such A Night
Music & Lyrics: Chase Lincoln

Clyde McPhatter & The Drifters se font les complices des paroles suggestives. Johnny Ray se la joue plus crooner. En 1954, à choisir, les Américains s'en tiennent aux Drifters et la version sage de Such A Night. Il faut attendre 1960 et le retour d'Elvis du service militaire, pour que la musique quitte son carcan de bienséance et retrouve un peu de mordant.

Helmut: "Pour ce qui est du rythme enlevé, je choisis Such A Night. Parce que vocalement, c'est très riche, le chanteur peut s'amuser. Et j'ai voulu des cuivres, ce qui donne une bonne vibration, plus swing."

I Just Can't Help Believing
Music & Lyrics: Barry Mann / Cynthia Weill

Dès la sortie du titre original, interprété par le co-auteur Barry Mann en 1968, I Just Can’t Help Believing connaîtra de nombreuses reprises, de Bobby Vee à celle de Wayne Newton. Depuis la version d'Elvis en 1970, personne n'a plus osé s'y attaquer. Jusqu'à ce qu'en 1983, le Boystown Gang y voie un tube et qu'en 2002, Helmut Lotti lui donne un visage contemporain.

Helmut: "Je savais qu'avec les techniques d'enregistrement actuelles, I Just Can’t Help Believing prendrait une tout autre dimension. C'est précisément ça qui est palpitant dans My Tribute To The King. Car I Just Can’t Help Believing y gagne en puissance. Moi-même je n'ai découvert ce morceau qu'à l'âge de 17 ans. Or il mérite d'être plus connu."

Heartbreak Hotel
Music & Lyrics: Mae Axton / Tommy Durden / Elvis Presley

Quand les compositeurs Mae Boren Axton et Tommy Durden proposent Heartbreak Hotel au duo country The Wilburn Brothers, ceux-ci la refusent, la trouvant trop "déprimante". Mais Elvis qui avait attentivement écouté The Condition I’m In de Roy Hawkins (1951) y apposa, à coups de déhanchement, son inimitable sceau royal. De grands talents tels que Buddy Love (1957), Kevin Ayers (1974), Willie Nelson & Leon Russell (1979), John Cale (1984) ou The Cramps (1986) ont, à leur façon, rendu hommage au génie d'Elvis.

Helmut: Heartbreak Hotel était le premier tube d'Elvis et ne pouvait pas ne pas figurer dans My Tribute To The King. Et je suis plutôt fier du résultat. Si on compare mon Heartbreak Hotel à celui d'Elvis, on perçoit clairement les différences. Là où la guitare se fait corrosive, j'y mets plus de rondeur. Ma version est moins dure, plus fidèle à moi-même. Sans avoir été inspiré par les autres interprètes, j'y ai pourtant mis plus de blues, quelques notes jazzy et un soupçon de symphonie classique. Je savais dès le départ quelle sonorité je désirais obtenir. Je vous avoue que je pense qu'Elvis lui-même aurait apprécié cette approche."

In The Ghetto
Music & Lyrics: Mac Davis

Mac Davis doit sa percée en tant que compositeur grâce à In The Ghetto (1969) et Elvis qui, plus tard, interprétera également Don’t Cry Daddy, Clean Up Your Own Back Yard et Charro, du même auteur. In The Ghetto, comme tant d'autres classiques d'Elvis, sera repris par d'autres dignes interprètes tels que Dolly Parton (1969), Solomon Burke (1970) et Nick Cave (1984).

Helmut: "In The Ghetto est le premier morceau que j'ai chanté live en public accompagné d'un guitariste. C'était lors d'une journée portes ouvertes à l'école. Et aujourd'hui, donc des années plus tard, j'ai délibérément opté pour un arrangement sobre. La version la plus connue d'Elvis, qui est très lyrique, a quelque chose de très attachant. Une version alternative – avec une dimension supplémentaire mais sans chœur, ni cordes – accentue davantage le récit et son côté dramatique. Parfois, il vaut mieux élaguer un peu, comme dans les premières mesures, où les percussions sont absentes. On a uniquement gardé la guitare, la basse et ma voix. Dans la version d'Elvis, les choristes répondent à peu près à chaque phrase: in the ghetto. Les déchirements de la guitare - un arrangement de mon propre cru - et les chœurs un rien plus discrets m'ont permis d'obtenir une version plus pondérée, moderne, qui rend bien la dure réalité du récit."

If You Were Mine
Music & Lyrics: Helmut Lotti

If You Were Mine, c'est l'Elvis de 1969, l'album From Elvis In Memphis et ses perles comme Any Day Now, You’ll Think Of Me ou Only The Strong Survive. Or il s'agit bien de la seconde chanson écrite par Helmut Lotti pour My Tribute To The King.

Helmut: "Il se peut que les fans d'Elvis n'affectionnent pas particulièrement mes chansons. Mais j'espère qu'ils seront conquis par ce morceau. Parce qu'il pourrait s'agir d'une plage alternative d'un album du King. Ce n'est bien sûr pas sa voix – c'est plus léger, propre à mon naturel – mais c'est bien la même atmosphère. "

What Now My Love
Music & Lyrics: Pierre Leroyer / Gilbert Bécaud

Si au départ, on estimait que ça ne valait pas une face A, Et Maintenant figure depuis 1962 dans le répertoire d'une centaine d'artiste, dans sa version française ou anglaise. Un strike inattendu: Shirley Bassey (1962), Sonny & Cher (1966), Judy Garland (1967), Lee Dorsey (1969), Elvis Presley (1973), Frank Sinatra (1980).

Helmut: "What Now My Love a été immortalisé par Elvis dans Aloha From Hawaii. Je ne pouvais faire autrement que de marcher dans ses pas."

Return To Sender
Music & Lyrics: Otis Blackwell / Scott Winfield

Otis Blackwell est une de ces figures qui ont marqué les premières années du rock’n’roll. Après avoir sorti plusieurs tubes, il compose essentiellement pour les autres. Citons Fever pour Peggy Lee (1956), Great Balls Of Fire pour Jerry Lee Lewis (1958) et All Shook Up pour Elvis Presley (1956). Il composera aussi pour et avec Elvis Don’t Be Cruel (1956), Paralysed (1957), One Broken Heart For Sale (1963) et Return To Sender (1962).

Helmut: "Pour ma toute première représentation, à l'école, j'ai chanté Return To Sender, par dessus le son du disque. J'avais 15 ans et j'espérais décrocher mon tout premier, petit succès. Il s'agit donc tout bonnement d'un retour aux sources."

Love Me Tender
Music & Lyrics: Elvis Presley / Vera Matson

Le succès de tous les temps Love Me Tender est le thème du premier, et sans doute pour beaucoup, du meilleur film d'Elvis (1956). L'histoire se déroule durant la Guerre de Sécession. Aussi la chanson est-elle inspirée d'une ballade folk de l'époque (1861), Aura Lee, interprétée en 1936 par Frances Farmer pour le film Come And Get It. A la version d'Elvis se sont succédées bien d'autres, dont celle de Percy Sledge (1967), B.B. King (1982) et Amy Grant (1992, dans Honeymoon In Vegas).

Helmut: "Love Me Tender était un must dans mon adolescence, lorsque je participais encore aux concours de chanson. Mais avec un tel titre, très feutré, très sentimental, on a peu de chance de percer dans ce circuit. Pourtant, on peut difficilement l'interpréter autrement qu'avec cette même émotion qu'Elvis. Je l'ai simplement adaptée pour qu'elle s'inscrive dans la lignée de notre temps. Tout comme My Tribute To The King dans sa globalité est une version, contemporaine, la mienne, d'une œuvre intemporelle, intitulée Elvis Presley."